Vire de sa passion

Des paysages superbes et sauvages où émergent ici et là de vastes prairies dorées par le soleil, nous sommes sur les Causses du Quercy. Un concentré de nature bucolique et un lieu propice à l’élevage

Q uand on demande à Didier Rivière les raisons de ce choix, il nous explique que cette région offre un biotope idéal à l’élevage du cheval arabe. Il est vrai que, selon les spécialistes de la nutrition équine, une bonne prairie pour les chevaux doit se composer de 70 % à 80 % de graminées, 10 à 15 % de légumineuses et 5 à 10 % de diverses, autant d’éléments nutritifs que l’on trouve ici dans les sols des Causses nous confirme l’éleveur.

Et aussi bien sûr par la dynamique du grand SudOuest concernant le pur-sang arabe, que ce soit en endurance ou en course, les éleveurs bénéficient d’intervenants qualifiés (cavaliers, vétérinaires, maréchaux…) Son expérience de l’élevage, il l’a acquise pendant une longue période qu’il aime appeler « nomade ».

D’abord une année chez Christiane Chazel où il achète ses deux premières pouliches, puis une quinzaine d’années au Mont Ventoux sur le plateau d’Albion. De là, quelque cinq ans en Arles et autant en Ardèche. De cette période, il se souvient de son premier cheval, un arabe-barbe et une passion pour l’élevage du cheval arabe. Conjuguer la beauté du cheval de show et une discipline qu’il affectionne en particulier l’endurance : le choix de privilégier la polyvalence du cheval arabe : beauté, endurance et rapidité, les critères fondamentaux de la race. Une finalité en élevage qu’il est difficile de suivre actuellement tant la discipline du Show s’est affirmée dans un modèle spécifique.

Mais Didier Rivière n’a pas abandonné pour autant les concours car il suit toujours avec attention la carrière de son fils Robin, handler professionnel dont la réputation n’est plus à faire dans le milieu du Show ! Toutes ces années « nomade » ont été l’occasion de faire évoluer les objectifs de l’éleveur notamment en Ardèche suite à un changement dans sa vie personnelle. C’est la rencontre avec sa nouvelle compagne Emilie, monitrice d’équitation et tout aussi passionnée que lui par le cheval arabe… Un pedigree remarquable

Sélection des lignées égyptiennes côté maternel dans un premier temps et surtout l’achat d’un étalon Golden-Cross exceptionnel Estaman Ibn Estopa, le cheval de sa vie qu’il appelle familièrement « Manu », le cheval dont rêve tout éleveur. Un pedigree remarquable, son père était Ibn Estopa et sa mère Estasha, propre sœur de El Shaklan ! Le bel étalon avait dix ans quand Didier en fit l’acquisition en 1997. Il avait déjà à son actif un palmarès éloquent, notamment élu vice-champion de France à 2 ans, puis premier à l’approbation des étalons à Pompadour… Et une descendance de grande qualité comme l’exceptionnelle Maroutssia qui s’est classée en Junior Championne de France, Championne d’Europe, Vice Championne à la Coupe des Nations et Vice Championne du Monde !

Par ses origines et une morphologie d’athlète Estaman permettait de mettre en place un programme d’élevage à la fois orienté vers le show et l’endurance. Peu d’étalons peuvent se vanter d’avoir produit un champion du monde dans ces deux disciplines nous explique Didier, c’est un « traceur ».

Si le succès en show ne se fit pas attendre, en revanche, il savait qu’il serait long à porter ses fruits en endurance. Il a donc sélectionné en parallèle des origines de pure endurance avec des filles d’Habdur, de Diament du Rolon et d’Arques Perspex. Et chacun sait qu’en endurance il faut savoir attendre plusieurs années avant un éventuel succès… Quand Estaman, à travers sa descendance, avait réalisé l’idéal du cheval arabe : un cheval marathonien, beau avec des allures puissantes et déliées, il avait comblé les espoirs de Didier. Le coup de cœur du « nomade » Si la proximité de l’Italie était une aubaine pour la vente des produits, il s’avérait néanmoins que la région n’était guère propice à l’élevage.

Didier et Emilie décident alors de partir à la conquête d’une nouvelle terre d’accueil… Et après de nombreuses recherches c’est enfin le coup de cœur : une ferme équestre d’une trentaine d’hectares au milieu d’un environnement paradisiaque, il n’en fallait pas davantage pour les séduire. Une telle opportunité nécessitait des sacrifices financiers, le couple décida de poursuivre provisoirement les activités de la ferme équestre, c’est-à-dire l’organisation de randonnées équestres avec la trentaine de chevaux présents sur le site. Seuls un étalon et trois poulinières les ont suivis dans leur nouvelle aventure ! Yrwa du Cayrou possède les qualités requises par l’éleveur.

Fils de Manganate et de Yesmina laquelle a produit avec Dormane des champions comme Yolina ou Yesmane, maintes fois classées sur les podiums… Les résultats de ses produits à l’élevage, bien qu’encore jeunes, sont déjà très positifs. Parmi les juments du groupe, la belle Estaluiah, une jument d’endurance, fille de Estaman Ibn Estopa et de Maglinka, qui attend un poulain de Persicko. Camillada (par Dormane et Camilla) quant à elle est suitée d’une adorable pouliche Camelia de Gion par Djevar des Graves. Blue de Saularie par Tidjani et Danube de Saularie qui est, quant à elle, suitée de la petite Brume de Gion par No Risk Al Maury, elle est un peu timide et aime se cacher derrière sa maman !

Les deux nouvelles poulinières de l’élevage sont d’origine course : Arador Safinat par Dormane et Ara du Soleil, pleine pour 2016 de Dahess, et la deuxième jument : Jin Ma par Volcano de Carrere et Nouillaugratin. Brindille de Saularie, la troisième jument de course, par Baco du Cassou et Malika de Saularie, est quant à elle suitée d’Ebene de Gion. L’éleveur nous expliquera les raisons de ce choix… Nous admirons aussi une autre jument de course Chukas par Dorwan du Cayrou. Une grande complicité…

Au milieu d’une grande prairie, les jeunes mâles de 3 à 5 ans qui apprécient pour un moment encore une liberté sous surveillance avant l’entraînement. Ils sont quatre : Bingo de la Tour, Azazel el Radjah, Pirate de Gion et Arhab Durances. Ils représentent les espoirs de demain ! Vulcano d’Auze, DSA de 6 ans est à l’entraînement. C’est un bel athlète avec qui Emilie a beaucoup d’affinité. Leur complicité offre un spectacle ludique autant apprécié par l’un et l’autre !

À l’entraînement aussi, Kanaïs 7 ans, par Djebel Lotois et Anaïs du Bernoud, la meilleure jument d’endurance de l’élevage, elle s’est qualifiée à Compiègne le 10 juillet dernier en CEI** sur une 120 km. “La jument a fait une très belle course dans le calme, ce qui était notre priorité. Étant très volontaire, on doit l’amener progressivement dans le travail. Malgré de belles propositions d’achat, nous voulons la préparer pour le Criterium des 8 ans l’année prochaine”, nous expliquent Emilie et Didier.

Voilà six ans environ qu’ils sont établis dans les Causses, un lieu qu’ils apprécient de plus en plus et qu’ils consacrent depuis deux ans exclusivement à l’élevage du cheval arabe et au travail des chevaux pour l’endurance. Mais le Sud-Ouest n’est pas seulement une région pilote de l’endurance, même si celle-ci est une des plus actives dans cette discipline, c’est aussi un territoire privilégié pour les courses de chevaux arabes. Voilà l’occasion pour Didier de consacrer une partie de son élevage dans cette voie qui répond à l’image qu’il a du cheval arabe : un cheval beau, rapide et endurant…

La boucle est bouclée ! Deux univers d’ailleurs qui ne sont pas antinomiques car nombre de chevaux sélectionnés pour la course mais pas suffisamment rapides deviennent d’excellents chevaux d’endurance. “Pour les courses comme en endurance, nous avons sélectionné des origines françaises” nous explique l’éleveur. “Elles sont placées en tête dans les résultats et de ce fait sont très recherchées…

Arador Safinat, Jin MA et Brindille de Saularie sont donc destinées à produire pour la course et contrairement à l’endurance où les chevaux sont entraînés jusqu’à 90 km, notre objectif est de vendre les produits avant l’entraînement à des écuries de course qui les mettront en valeur. Nous apprenons aussi à maîtriser la génétique « course » sachant que les investissements sont plus importants, (saillies extérieures avec des performers). Nous attendons maintenant avec impatience les premiers poulains…”

La polyvalence du cheval arabe, un atout majeur qui fait la force de la race. Didier Rivière en est convaincu, lui qui a toujours défendu et qui défend encore cette aptitude exceptionnelle. Vivre de sa passion, le rêve de bien des éleveurs… Et quand on voit Emilie est Didier au milieu de leurs chevaux, le bonheur et la complicité qu’ils partagent avec eux, on comprend qu’ils ont réalisé ce rêve !