Le pur sang arabe : le nouvel ami des turfistes

Le PMU ainsi que les autorités hippiques sont toujours à la recherche de nouveaux moyens pour rendre les courses de chevaux plus attractives. Mais dans le but de trouver la dernière astuce qui va attirer les masses et générer des fonds bien nécessaires pour faire vivre le sport, parfois l’arbre cache la forêt. En fait, la dernière astuce est déjà sur le marché et elle s’appelle le « Pur-sang Arabe ».

P our ceux qui ont l’habitude de placer des paris sur des courses comme le Derby ou le Grand National, c’est peut-être une surprise d’apprendre que depuis quelques années les courses de pur-sang arabes sont de plus en plus appréciées par les turfistes. En fait, le premier indice que les courses de pur-sang arabe allaient occuper une place importante sur le marché des paris apparut en 2009 quand la Qatar Arabian World Cup prit la deuxième place en terme de chiffre d’affaires de la journée du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

En Angleterre, la réponse était également positive, comme l’a prouvé l’édition 2013 du groupe I PA à Doncaster qui a enregistré un chiffre d’affaire de £ 34,690. Sue Littlewood, mère de famille, qui avait amené ses trois enfants à Newbury lors de la journée « Dubai International Arabian Race day », la seule réunion en Angleterre exclusivement réservée aux pur-sang arabes, explique l’intérêt de ces épreuves : « J’habite à Newbury et mon mari et moi allons aux courses assez souvent. Cependant, je ne paris jamais sur les pursang anglais, puisque je ne sais pas par où commencer.

Même un jockey aussi bon que Frankie Dettori n’est pas sûr de gagner à chaque fois. Les performances sont si difficiles à comprendre et il y a tellement de choses à considérer. C’est comme un livre de science. Mais je joue toujours les pursang arabes, puisque la plupart du temps c’est le meilleur cheval qui gagne. Les performances sont plus faciles à comprendre. Evidemment, on joue souvent le favori et on ne gagne pas énormément d’argent, mais au moins nous jouons le gagnant et c’est ce qu’on veut, non ? » Pour prouver sa théorie, quatre des huit épreuves ce jour-là étaient remportées par des favoris. Trois des autres courses étaient remportées par le deuxième ou troisième favori avec le favori terminant soit deuxième ou troisième. Seule dans une course le favori a terminé dernier n’ayant pas du tout su gérer le terrain.

Dans les courses, la logique dicte que le meilleur cheval devrait gagner. Donc pourquoi ceci est-il plus exact dans une course de pur-sang arabes que dans une course de pur-sang anglais ? L’explication la plus évidente est que la race pur-sang anglais est vielle tandis que la race pur-sang arabe, malgré le fait qu’elle ait fourni les étalons fondateurs du pur-sang anglais, est plus récente et ainsi elle n’est pas fixée. En fait, le Stud Book du pur-sang anglais date de 1791, tandis que le Stud Book des pur-sang arabes ne fut fermé qu’en 2004. Le pur-sang anglais a donc deux cents ans d’avance sur le pur-sang arabe, au moins en termes de sélection.

Le Derby, les Oaks ou le St Leger, ainsi que les courses de pattern, créées en 1961, ont servi des années comme outils de sélection. Quant au pur-sang arabe, le Pattern Race Committee ne fut créé qu’en 2005, donc le processus de sélection se trouve encore à ses balbutiements. Sur la piste, cette différence de deux cents ans d’histoire fait le bonheur du turfiste. Non seulement il y a moins de chevaux à jouer, mais en plus, les bons chevaux sont en général à part du reste. C’est aussi la raison pour laquelle les distances gagnantes à l’arrivée, dans une course de pur-sang arabes, sont plus importantes que dans une course de pur-sang anglais.

Dans la première course à Newbury, il y avait quatre longueurs entre le vainqueur Aghsaan et le deuxième, tandis qu’il y avait six longueurs entre le troisième et quatrième et encore neuf longueurs entre le cinquième et sixième. Dans une course de pur-sang anglais ces distances n’existent tout simplement pas. Cependant, dans la Jebel Ali .Racecourse Za’abeel International Stakes, groupe I PA, les distances à l’arrivée étaient beaucoup moins importantes et les spectateurs ont pu profiter d’une arrivée très excitante entre la pouliche Al Mouhannad, Meeyur et Ghazwa.

Finalement, seulement une longueur séparait Al Mouhannad, entraînée par Christian Baillet, de Meeyur, également entraînée en France par Philippe Sogorb. Mais la nouveauté de la race n’est pas la seule explication à ce que ce soit souvent le meilleur cheval qui gagne dans les épreuves de pur-sang arabes. L’entraîneur française Elisabeth Bernard, qui avait voyagé du Sud-Ouest de la France pour seller Loraa dans la Dubai Duty Free Hatta International Stakes, groupe I PA à Newbury, a une autre théorie. « Je pense que ça dépend beaucoup du caractère du cheval, » disait l’ancienne cavalière qui depuis de nombreuses années maintenant travaille avec les pur-sang arabes. « Ces chevaux sont plus fiables et plus consistants que les pur-sang anglais. Ils sont plus durs, donc peuvent courir plus souvent et la plupart du temps vont répéter leur performances.

Prenez par exemple Loraa. C’est une très bonne pouliche qui est très régulière. Elle a bien couru aujourd’hui, mais elle a été battue par Djainka des Forges, la lauréate de la Qatar Arabian World Cup, donc c’est quelque part logique que nous soyons battues. Mentalement le pur-sang arabe est complètement différent du pur-sang anglais. Il aime dominer alors que le pur-sang anglais est soumis. Au départ j’ai uniquement travaillé avec les pur-sang anglais, mais maintenant je travaille aussi depuis longtemps avec les pur-sang arabes qui sont beaucoup plus faciles à monter. Je pense que leur force de caractère joue un rôle très important dans la régularité de leurs performances. »

Il n’y a aucun doute que le mental d’un cheval est aussi important que le physique et souvent des pur-sang anglais de grande qualité, comme Goldikova, triple gagnante de la Breeders’ Cup Mile, l’invaincu Frankel ou Treve, double lauréate du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, n’ont pas seulement un grand cœur mais également un mental extraordinaire. Olivier Peslier, le jockey français qui a triomphé avec Vulcain du Clos dans les Emirates NBD International Stakes à Newbury, et qui a également été le partenaire de Goldikova, explique : « Les pur-sang arabes ont fait un énorme pas en avant durant les derniers quinze ou vingt ans, et je pense que c’est dû à la façon dont ils sont entraînés aujourd’hui.

En fait, avant l’attitude était un peu comme dans le saut d’obstacle. C’est dimanche, il fait beau, on va aux courses et on court. Maintenant, les entraîneurs entraînent les pur-sang arabes comme les pur-sang anglais. Le système fait la sélection du sang, tandis que les entraîneurs les traitent maintenant comme des athlètes. En tant que jockey je vois une grande différence. Il y a vingt ans, les pur-sang arabes étaient des chevaux qui donnaient des coups de pieds dès qu’on levait le bâton. Il fallait faire très attention, parfois c’était un peu comme un rodéo où le jockey se battait avec le cheval plutôt que de faire équipe. Aujourd’hui, ils se sont améliorés énormément et quand on a de la chance de monter un bon, on gagne. » Il faudra un moment encore avant que la race pur-sang arabe soit au même niveau que le pur-sang anglais et ainsi les turfistes devraient en profiter encore un peu.

Dans les courses, il n’y a pas de certitude, puisqu’il s’agit d’animaux, mais il est beaucoup plus « facile » de jouer une championne comme Djainka des Forges, qui a gagné cinq de ses quinze sorties et a été placée dans cinq autres, ou Al Mouhannad, lauréate de six de ses dix-sept sorties et placée dans six autres, que de jouer un pursang anglais, qui va « peut-être » gagner.

Malheureusement, alors que quelques turfistes ont compris qu’il y avait des affaires à faire dans le monde du pur-sang arabe, lors de la journée à Newbury, le chiffre d’affaires pour les prises de paris n’a pas encore atteint un très bon chiffre. Peut-être que si la réunion se courait enfin à une date fixe, par exemple le dernier dimanche au mois de juillet, au lieu de changer tous les ans, elle pourrait attirer une audience fidèle, qui serait ravie de jouer son pur-sang arabe favori.