Alstare Idaa, cheval d’archer

Lorsqu’en 1999, John Batta et sa compagne Carole, font naitre Alstare Idaa (VD Balaro x Sana par Neman), ces jeunes éleveurs sont bien décidés à en faire un cheval de course. Malheureusement Idaa (c’est son surnom), dans cette discipline, comme dans les autres auxquelles il va s’essayer par le suite, ne sortira pas du lot et devra en plus affronter la maladie. Il allait s’engager dans une carrière de cheval de club quand une nouvelle discipline, sportive et ludique, s’est présentée à lui.

Idaa est né chez nous en 1999, d’un père galopeur, VD Balaro (Balaton x Warandes Arabelle par Plakat) et d’une mère championne de show, Sana (Neman x Sessija par Suvenir). Conçu pour courir, il part à 18 mois chez Vido en Belgique (1000 km en van, pas rien pour un premier voyage). Après trois mois d’entraînement, le verdict tombe : “Il ne vaut pas grand chose mais je veux bien le racheter pour 2.000 euros”. Bon, ben non merci… donc retour à la maison, et surprise au déchargement, il a beaucoup changé, tant au physique qu’au mental, il est méfiant, presque inquiet. Un an de travail à pied plus tard, Idaa part chez Philippe Ascaso pour un entraînement de show. Il y passe huit mois et obtient de bons résultats : finaliste à Bordeaux et au championnat de France en 2002.

La relation avec Philippe Ascaso est excellente et de plus il a le mérite d’être franc : “Idaa est un beau cheval, typé et doté de superbes aplombs, mais pas assez expressif pour réussir au top niveau, pas assez showy”. Notre ami Daniel Colassin nous conseille alors de le faire castrer, pour son bien et le nôtre… Sacré Daniel, nous aurions dû l’écouter ! Mais, jeunes éleveurs, nous étions convaincus que bientôt les demandes de saillies allaient affluer… Eh bien non ! Et les offres de saillies offertes à d’autres amis éleveurs ont essuyé des refus polis mais définitifs. Carole, ma compagne, décide alors de le débourrer pour tester son potentiel.

Les débuts sont difficiles, peut-être à cause de son passé d’entraînement de galop ? Au bout d’un an de travail, Idaa a bien progressé en dressage, nous a fait comprendre que le saut n’était pas dans son programme, mais reste un cheval “chaud” (il a alors six ans). Nous décidons donc de tenter notre chance en endurance. Nous prenons notre temps : 20 puis 30 km la première année, puis 40 et 60 et enfin les 90 km la troisième année. Idaa et Carole finissent les courses, le classement est souvent décevant car Idaa a tendance à partir trop fort et à se “cramer”, parfois éliminé à l’arrivée pour fréquence cardiaque trop élevée.

Mais ils progressent doucement. Puis fin 2008, sur une course de 60 km, Idaa est sorti pour boiterie et Carole annonce qu’elle n’en peut plus… Pas facile de monter des entiers, encore plus quand on les a fait naître. Entretemps, nous avions abandonné l’activité élevage et vendu ou donné nos poulinières de show. Idaa est donc resté dans un pré avec un copain, et nous l’avons mis en vente, sans succès. Puis ce qui devait arriver : bagarre, blessures et ensuite Idaa, seul dans un pré, à faire les cent pas toute la journée. Passe encore un an, entretemps Carole a obtenu son monitorat et nous avons créé notre association de cavaliers, “free ride”.

La décision est prise de faire castrer le cheval, pour pouvoir le mettre avec des copains. L’opération est effectuée chez le Docteur Lenormand, et se passe bien. Idaa revient en bonne santé et se remet assez vite. Bientôt on lui réinstalle une selle sur le dos et ses qualités de dressage et sa beauté font craquer les petites cavalières. Il gagne même un concours à l’automne ! Il a alors 13 ans.

L’hiver 2012-2013 est rude, et nous contraint à nourrir plus que d’habitude. Nous devons dès lors acheter du foin à l’extérieur (nous avions l’habitude de le faire nous-mêmes). Un matin, alors qu’elle distribue la ration, Carole remarque qu’Idaa n’est pas en forme. Rentré à l’écurie, on lui prend la température et on appelle le vétérinaire : diagnostic incertain malgré plusieurs avis (fourbure, arthrose de la zone sacro lombaire, intoxication au séneçon de Jacob, etc.).

Presque six mois de soins (anti-inflammatoires, antibiotiques, ferrures orthopédiques, infiltration des lombaires sacrées, ostéopathie, acupuncture…). A plusieurs reprises, nous l’avons cru perdu, puis son état s’est stabilisé, mais non sans séquelle. Le temps passe et Idaa se remet lentement. Il reprend de l’état, son poil redevient lustré et sa joie de vivre se “rallume” petit à petit.

Sa locomotion reste non conventionnelle, il galope bizarrement des postérieurs (on dirait un lapin) et se trouve très mal à l’aise au trot. Enfin arrive le grand jour : brossé, sellé, et go ! Et ça tient ! Idaa est content de reprendre du service et fait le beau comme s’il avait 4 ans ! Mais bon, à petite doses bien sûr et sans forcer. Exit donc le dressage. Que faire de lui ? Entretemps, je me suis mis au tir à l’arc à cheval, avec une autre petite jument Arabe qui nous est restée du temps de l’élevage : Alstare Nadjma (TR Victor x Mylencka par Poulenc).

Bien que nous ayons plusieurs maîtres qui ont participé aux championnats du monde et d’Europe, la discipline est toute neuve en France au sein de la Fédération où elle est entrée officiellement en 2014. J’ai donc commencé à tirer à l’arc à cheval avec un arc d’enfant et des flèches à 2.50 €, mais je m’amusais bien, je progressais et Nadjma aussi semblait apprécier des efforts de 50-60 mètres, rênes posées sur l’encolure… J’ai participé à quelques concours (avec plus ou moins de réussite il est vrai), suivis de stages avec Fred Luneau et Robin Descamps, qui sont parmi les meilleurs en France. J’ai fait l’acquisition de matériel pour moi et les membres de l’association, puis j’ai créé un groupe sur Facebook “Les archers montés d’Aquitaine” afin de regrouper les pratiquants et échanger des infos.

Des clubs m’ont alors sollicité pour faire partager et découvrir cette belle discipline. J’ai testé plusieurs dizaines de chevaux au cours de mes stages, ils répondaient plutôt bien à l’arc si on prenait le temps (et qu’on n’était pas avare avec les carottes). Je dirais 80% de réussite. Mais, les meilleurs “partenaires de jeu” sont les pur-sang arabes de plus de 10 ans qui ont fait de l’endurance… Malins et joueurs, heureux que ce soit rapide et court, habitués à la sensation de “pas de contact”. Puis, un jour Carole m’annonce : “Je souhaiterais faire saillir Nadjma, elle a 12 ans, il est temps.

Et moi alors je monte qui ? Essaie Idaa, il est prêt et toi aussi…” Pas trop convaincu, le John… Il faut dire que j’avais déjà fait un essai 7 ou 8 ans plus tôt et j’avais fini encastré dans une barrière… Il est vrai qu’à l’époque je n’avais pas encore été mis au fait des techniques de désensibilisation à l’arc. Donc, on prend son courage à deux mains, on achète 3 kg de carottes, on ressort la selle sans arçon et en avant… Eh bien ça a collé tout de suite ! Pas effrayé par les flèches ni par le bruit, confiant dans le “run” (piste de tir de 2 mètres de large et longue de 50 à 100 mètres), il comprend quand aller au pas, et quand prendre le galop, quand repasser au pas et quand rester calme à l’arrêt pour me permettre de “recharger” en flèches… Tout ça en seulement deux séances ! En plus, il a un galop régulier malgré ses allures “de lapin”, et il ne met que quelques foulées à atteindre une vitesse… surprenante !

Je dois préciser ici que la vitesse est un élément important dans le mode de calcul du score au tir à l’arc à cheval, juste après la précision bien sûr ! Restaient à tester ses réactions en concours. Eh bien depuis que nous sommes ensemble, j’ai gagné plusieurs fois (nous sommes premiers au classement FFE 2015), j’ai progressé vite et surtout, j’ai une monture qui s’amuse, qui joue et qui se donne à fond. Parfois même un peu trop fougueuse mais, comme je l’explique aux jeunes à qui je fais découvrir la discipline : indépendamment de votre vitesse d’archer, vous ne pourrez tirer que les flèches que votre cheval vous permettra de tirer, et ce sera bien ainsi !

C’est donc bien ainsi ! L’avenir ? Après le championnat de France à Lamotte Beuvron en juillet, le championnat d’Europe qui se disputera en septembre à Maulde, dans le Nord, chez Thierry et Robin Descamps, double champion de France… On verra mais bon, ce que j’ai appris avec Idaa, c’est de profiter avant tout de l’instant présent !”